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 HARPE CELTIQUE ANCIENNE :

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Queen Mary Harp (Musée d'Edinburgh)

Les pays celtiques sont réputés pour avoir chéri la harpe plus que tout autre instrument. Les harpistes y étaient protégés, de même que les poètes, et le raffinement de leur art était reconnu dans toute l’Europe jusqu’à la fin du Moyen Age. Cet art ne déclina que sous le poids des invasions anglo-normandes. La harpe ancienne des Celtes, caractérisée par ses cordes de bronze aux sonorités riches en harmoniques, conserva certaines caractéristiques médiévales en Irlande et en Ecosse jusqu’à la dissolution du système social celtique par les conquérants anglais aux XVIIè et XVIIIème siècle. Elle nous est parvenue par les magnifiques exemplaires survivants des XIVème et XVème siècles exposés à Dublin et Edinburgh : la " Trinity College harp ", la " Queen Mary harp " et la " Lamont harp ", joyaux qui nous permettent aujourd’hui de reconstituer ce patrimoine héritier d’une très longue tradition musicale qui fut à la fois populaire et savante.

En Bretagne armoricaine, on ne retrouve la pratique de la harpe qu’à une période bien antérieure, plus difficile d’accès mais incontestable. Les raids des Vikings, puis la francisation de la classe dirigeante bretonne, et enfin la perte de l’indépendance, sont autant d’obstacles qui nous séparent de notre histoire et de notre patrimoine. En l’absence d’instruments survivants, les documents littéraires et iconographiques nous indiquent sans ambiguïté que la pratique de cet instrument, en Bretagne comme au Pays de Galles, était au Moyen Age similaire à celle des Gaëls. Le plus ancien manuscrit de harpe connu au monde est un manuscrit brittonique (Ap Huw, Pays de Galles), dont la musique antique et savante est fortement apparentée au piobaireachd gaélique.

 

 

 

 

Si les Bretons et les Gaëls ont porté l’ancienne tradition de harpe jusqu’aux limites de leurs forces, il est important de souligner que l’origine de l’instrument nous est inconnue. Les étonnantes connexions entre cette ancienne musique de harpe et les musiques antiques de la Chine, de l’Inde, du Tibet, de la Birmanie, sont autant d’indices révélant que nous sommes en présence d’un héritage universel qui nous connecte à de très lointaines origines. Le style de jeu de la harpe celtique ancienne, par son extrême douceur, réduisant au minimum l’attaque de l’ongle, fait naître des harmoniques qui attirent des énergies très subtiles. Ce travail attirera les personnes en quête d’une spiritualité authentique, d’une connexion intérieure avec le divin, par la voie du coeur.

 

La harpe celtique ancienne est caractérisée par :

1) une caisse de résonance creusée dans un seul bloc de saule,

2) un plateau arrière fermant la caisse,

3) quatre ouïes sur l’avant

4) des cordes de bronze fortement tendues relativement resserrées (11mm au milieu des cordes), disposées en éventail

5) des cavaliers de métal ouvragés à la base des cordes

6) une console harmonique courbe fixée au centre de la partie supérieure de la caisse

7) des chevilles de métal, coniques

8) des joues de métal de chaque côté de la console harmonique

9) un pilier courbe représentant ou évoquant la forme d’un saumon à deux têtes

 

Elle est assemblée par un jeu de tenons et mortaises, sans aucune utilisation de colle. Une technique traditionnelle consiste à immerger les pièces de bois dans la tourbe avant assemblage afin qu’elles se chargent de silice, ce qui sublime la qualité du son et garantit la durée du bois dans le temps.

L’accord : La harpe ancienne est accordée en quintes justes (accord dit " pythagoricien "). Il n’y a pas de système de chromatisme, mais on réaccorde certaines cordes, les notes mobiles (ex : FA-FA dièse), pour accéder aux tonalités voisines ou changer de mode. Certains modes nécessitent un accord diatonique (ex : do ré mi fa sol la si do), d’autres un accord pentatonique (ex : do ré mi mi sol la la do). La harpe celtique se caractérise par l’usage des caomhluighe ou cordes compagnes : deux SOL accordés à l’unisson dans les bas médium, et servant de base à l’accord de la harpe. Les modes ayant SOL comme fondamentale étaient prédominants dans la tradition de la harpe ancienne. Le bourdon de SOL omniprésent est ainsi amplifié par la vibration sympathique des deux cordes compagnes.

 

 

La technique de jeu :

1) la harpe est posée contre l’épaule gauche, main gauche dans les aigus, main droite dans les graves

2) on utilise les ongles,

3) les doigts sont droits, perpendiculaires aux cordes, pouce en bas

4) certaines cordes sont étouffées, d’autres autorisées à vibrer

5) le jeu requiert douceur et subtilité, et permet une grande précision rythmique.

Des techniques spécifiques très élaborées d’ornementation et de composition musicale, ainsi qu’une riche terminologie, caractérisent la harpe celtique ancienne.

 

 

 

 

 

 

Le répertoire : outre le vaste répertoire de la musique traditionnelle et populaire, la harpe celtique ancienne possède un répertoire de ceol mor " grande musique ", musique savante, liée par sa fonction aux rythmes de la vie des clans, retrouvée par la confrontation des manuscrits anciens avec la tradition orale. Cette musique de harpe est de même origine et de même nature que le piobaireachd pour la cornemuse, les deux instruments représentant deux modes d’expression complémentaires. Ces pièces, très longues, étroitement structurées en variations ornementales d’intensité croissante, travaillent profondément sur les émotions et sont propices à l’apaisement et à la méditation. Il s’agit probablement du type de musique qui accompagnait la poésie ancienne.